9 Octobre 2008 : Atelier "Paroles, discours et pensées littéraires"

Extrait : « Le personnage conceptuel », dans Qu’est-ce que la philosophie de Gilles Deleuze et Félix Guattari. Paris : Les Éditions du minuit, 1991, p. 60-81.

Extrait : « Du discours romanesque », dans Esthétique et théorie du roman de Mikhaïl Bakthine, traduit du russe par Daria Olivier. Paris : Gallimard, coll. « Tel », 1987, p. 172-182. 


Note : Tous les comptes-rendus des séances mensuelles du Groupe Penser la théorie sont constitués par les membres du groupe et ne servent qu’à l’étude au sein du groupe. Leur publication sur ce site Internet est destinée à rendre visibles les axes de discussion à tous ceux qui ne peuvent assister physiquement aux ateliers, à l’Université Concordia de Montréal. Ces textes ne peuvent pas être reproduits.

 

L’équipe du Groupe de lecture Penser la théorie, 17 novembre 2008

 


Résumé - Idées principales


- le choix des auteurs et des textes rejoignent directement les objectifs du groupe Penser la théorie qui se propose de réfléchir sur la théorie, sur la notion de pluriel dans l’élaboration des théories les plus diverses

- le premier extrait étudié pose la différence essentielle entre le personnage conceptuel et la figure esthétique. Deleuze montre que le premier agit sur le plan de l’immanence propre à la philosophie et que la deuxième est propre à l’art. Leur caractéristique commune : les deux permettent de penser même si différemment.

- nous notons dès le départ le choix du nom « personnage conceptuel » pour explorer le terrain de la philosophie alors que le personnage est un attribut littéraire.

- peut-on mettre à l’œuvre le personnage conceptuel sur le plan de la littérature ? Comment ? Sommes-nous obligés de passer par la figure esthétique ?

- comment procéder au « transfert », de la figure esthétique au personnage conceptuel ?

- il faut tenir compte que Deleuze a éminemment besoin d’une image de la pensée transcendante pour exposer en contraste une image de la pensée immanente.

- il faut aussi peut-être songer que dans le cas de la littérature il faut situer la pensée en dehors de la Pensée même pour investir le signe de toute la force de celle-ci (Deleuze reconnaît le génie de Proust en ce sens). 

- techniquement : comment réfléchir dans la littérature avec le personnage conceptuel ? Cela dépend premièrement de ce qu’on veut faire dans la littérature. Si on procède à une simple analyse (texte morcelé, théories disparates appliquées), certes, le personnage conceptuel ne s’avère pas de grande utilité. Par contre, il serait intéressant à déceler quels personnages conceptuels s’identifient derrière un texte (ou une époque), d’identifier les personnages conceptuels qui habitent les œuvres des auteurs à une certaine époque et qui créent ainsi des concepts.

- souvent, lorsqu’on essaie de penser nous-mêmes, nous créons nos propres figures. Les appliquer à un raisonnement littéraire, pourrait devenir très intéressant.

- donc la différence entre un personnage littéraire et conceptuel est essentielle : le personnage littéraire habite le roman, celui conceptuel habite la philosophie. Pour le créer, il faut procéder à un autre type de pensée que lorsqu’on convoque la notion de travail de l’explication littéraire (qui cible l’explication des caractères, attributs du personnage littéraire). L’explication (littéraire) doit se transformer dans un acte de création. Pour cela tout un travail de pensée bien plus complexe se met en place. Cette pensée dépasse la littérature, mais peut situer son point de départ dans la littérature. Des exemples de personnages conceptuels sont donnés par Deleuze même : Don Juan chez Kierkegaard, Zarathoustra ou le Surhumain de Nietzsche, le fou, l’idiot (Dostoïevski)…

- question : est-ce que le mouvement inverse est possible : du personnage conceptuel vers le personnage littéraire ?

- nous croyons qu’il faut suivre plutôt le sens : de la littérature vers la philosophie

- temporalité et personnage conceptuel : comment le personnage conceptuel évolue à son tour dans le temps ? On peut penser à Bakhtine ici.

- de l’image de la pensée deleuzienne à l’image du langage bakhtinienne, une question s’impose : est-ce qu’on trouve même force d’hybridité dans l’image deleuzienne et celle bakhtinienne?

- pour répondre, il faut faire une différence entre la perception et l’élaboration de la pensée chez les deux auteurs analysés. Pour Bakhtine, comme chez Hegel, nous reconnaissons la puissance d’un esprit capable de séparer les différentes idées (par exemple la parole persuasive antérieure). Pour être en mesure de penser indépendamment, il faut, selon l’auteur identifier les discours qui s’enchevêtrent, nos clichés, images, puis choisir et créer notre parole. Pour Deleuze, la création prime devant le choix de la parole. Selon lui, il faut être en mesure de créer un personnage conceptuel qui permet d’aller au-delà de toutes les paroles et les clichés.

- évidemment, nous ne pouvons pas contourner le goût, le bon goût philosophique, une notion importante pour Deleuze. Il faut plonger dans le chaos, devenir complètement animal, corps sans organes, mais comme on est penseur on ne va pas lâcher complètement les concepts, on ne va pas perdre le « bon goût philosophique ».

- Bakhtine et les paroles : il y a la parole autoritaire, la loi du père, divine, une parole inscrite dès le départ dans la pensée et la parole persuasive intérieure face à laquelle on peut toujours récupérer et penser. Autrement dit, cette parole n’est pas autoritaire, mais elle demeure une parole face à laquelle on est confronté dès le départ à travers toutes les paroles qu’on va entendre, face à laquelle s’élabore notre propre pensée.

- Bakhtine et l’idéologie : parfois, en parlant de l’idéologie, il renvoie à l’autoritaire, mais parfois il renvoie au discours sur les idées – donc sur la formation de la pensée (très intéressant, à voir encore).

- question : qu’est-ce que le langage pur dont il est question dans l’extrait étudié de Bakhtine ? Il l’oppose au langage hybride qui permet à tous les discours autres de coexister dans un syntagme, une phrase.

 

Le résumé de la séance a été établi par Mathilde Branthomme et Mirella Vadean.


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